"La Princesse de Kleve", premier volume d'une saga musicale située en France à la fin du XXème siècle, est le théâtre d'amours passionnées entre une jeune critique musicale, un violoniste... et son frère.

C'est l'occasion pour Katherine de donner libre cours à toute sa fantaisie romanesque, mais aussi d'aborder une véritable réflexion de fond sur le rapport de l'artiste à la scène, du public à l'artiste, de l'art à la vie en général.​
 

​Ce premier roman sorti à la rentrée littéraire 2013 est épuisé... vous pouvez cependant en découvrir quelques lignes ci-dessous.



 

     "...Les cordes lançaient leurs premières notes, vibration intimiste qui évoquait toujours plus de la fumée que des croches aux oreilles d'Aramis. Les yeux fermés, il errait dans ces vapeurs dont émergeait progressivement une silhouette. Lorsqu'Aramis en devinait la chair sous des voiles de brume, c'est qu'il avait commencé à jouer depuis presque longtemps, et que le chant de cette figure s'exhalait voluptueusement sous ses doigts, rejaillissant par les ouïes du violon. Il assurait sa prise sur l'archet, et sa volonté venait relayer l'inspiration. Tantôt il tendait son écoute vers les musiciens de l'orchestre les plus éloignés de lui, mesurait la distance qui l'en séparait et imaginait qu'ils étaient au contraire tout près de lui, dans une petite chambre intime où ils n'auraient joué que pour le plaisir; il repassait parfois dans un état second et alors, il lui semblait qu'ils n'étaient ni loin ni près de lui mais en lui, mêlés à lui, et que leur ensemble formait ce magma qu'on appelait concerto. Il s'abandonnait quelques instants à cette chaleur, à ces coulées de lave, sentait chaque note déferler en un rocailleux goudron, et puis soudain se ressaisissait...

   ​

    ...Et puis tout à coup, survenait le phénomène bien connu de tous ces professionnels, mais qu'aucun d'eux – ni personne – n’avait jamais pu expliquer rationnellement. La volonté de perfection de chacun était si aiguisée, les rouages si bien huilés et la musique si bien écrite, que chaque fréquence individuelle s'accordait enfin parfaitement à toutes les autres, non plus seulement en harmonie comme depuis le début mais tout à fait à l'unisson, ils respiraient en même temps, les mesures se succédaient, pleines et infaillibles, et l'on savait que rien ni personne n'aurait pu stopper la machinerie qui s'était mise en route. La musique les portait tous, comme si de chaque paire d'ailes personnelle étaient tombées assez de plumes pour les faire décoller ensemble, et sans plus d'effort ils sentaient le raz-de-marée de l'émotion tout emporter sur son passage, de plus en plus violent, et désiraient, pleins de confiance, qu'il crût au maximum.

      Comme ils y croyaient et qu'ils s'y abandonnaient il pouvait se développer. La déferlante était enfin si puissante, qu'ils ne voulaient plus la faire monter, elle avait atteint son climax, et tourbillonnait sur elle-même, vertigineuse, comprimant le temps dans un vortex bouillonnant. On arrivait à la fin de la musique, et c'était heureux car désormais la musique explosait, faisant défiler sous les yeux et les doigts de chaque instrumentiste la note juste, le geste efficace, dilatant le temps et permettant à chacun de réaliser sans effort autre que celui de la volonté tendue comme un arc la parfaite exécution de la partition. En atteignant l'accord final, on avait conscience qu'il n'y avait plus un soliste, un orchestre et un public, mais juste un miracle, un tout formé des instruments et des humains, et c'était comme si d'énormes et invisibles flammes avaient fait disparaître le monde aux yeux de chacun dans l'exultation tonitruante de la fin.



 

     Il y eut quelques instants d'un silence creux et mat, celui des archets qu'on lève et du souffle qu'on coupe; puis un silence plus résonnant et vivace, celui du public qui respire enfin et savoure les derniers échos du plaisir qu'on vient de lui offrir; enfin l'explosion joyeuse et désordonnée des applaudissements, l'unisson du public qui répond à celui de l'orchestre, l'unanimité respectueuse dont la salle fait cadeau à ses musiciens..."



©Katherine Nikitine 

 

extrait:

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